L’état de flow est un état de concentration intense où l’individu se sent complètement absorbé par ce qu’il fait.

C’est comme si le flot d’une rivière le portait presque sans effort vers l’objectif donné.

Il perçoit alors cette activité comme particulièrement plaisante et atteint une productivité optimale.

Ce concept de flow a été énoncé pour la première fois par Mihály Csíkszentmihályi, un professeur et chercheur en psychologie d’origine hongroise ayant émigré aux Etats-Unis.

D’après Mihály, le flow est l’état le plus propice au bonheur.

D’où l’idée de chercher à le provoquer le plus souvent possible.

Afin de mieux le connaître, Mihály a utilisé un procédé appelé “Experience Sampling Method” (ESM), qu’on pourrait traduire par “Méthode d’échantillonnage de l’expérience”.

Le principe est de soumettre une personne à un questionnaire sur l’activité en cours au signal d’une alarme qui a lieu aléatoirement dans chaque créneau horaire de deux heures de la journée.

On obtient ainsi un film virtuel de témoignages pris sur le vif.

De cette expérience, il en ressort 8 caractéristiques pouvant décrire le flow :

1. Les objectifs sont clairement définis

Lorsqu’on est dans le flow, on sait très clairement ce qu’on doit faire pour atteindre le but qu’on s’est donné.

Les règles du jeu sont faciles à discerner et se complètent. Elles ne sont ni conflictuelles, ni déroutantes.

Par exemple, si on joue aux échecs, on sait exactement quel sera le prochain mouvement, ou au moins quel type de mouvement doit suivre pour nous rapprocher de la victoire.

Si on est musicien, on sait exactement quelles seront les prochaines notes.

En fait, on ne connaît pas seulement l’objectif global, mais également chaque étape qui doit nous permettre d’y arriver.

Ceci contraste beaucoup avec les situations typiques de la vie courante où même si on connaît l’objectif, le chemin pour y arriver reste pourtant incertain et nos idées souvent contradictoires.

2. Le feedback (retour d’informations) est direct et immédiat

Etre dans le flow, c’est aussi savoir à chaque moment si ce qu’on fait nous rapproche ou nous éloigne de l’objectif qu’on s’est fixé.

Par exemple, selon le son que fait la balle de tennis, le tennisman sait s’il a bien tiré ou non son coup.

De même que le musicien sera immédiatement alerté en cas de fausse note.

Grâce à ce retour d’information, les réussites et difficultés au cours du processus sont immédiatement repérées et le comportement ajusté en fonction.

C’est ce qui permet de rester concentré sur l’activité.

En l’absence de ce feedback, on perd facilement l’intérêt pour l’activité qu’on pratique.

Se perfectionner devient futile puisqu’on ne sait pas où on en est et où l’on va.

On est davantage dans le flou que dans le flow.

On se permet alors de se relaxer ou on devient au contraire anxieux et stressé.

3. Équilibre entre la difficulté de l’activité et les compétences de l’acteur

Pour que l’activité soit plaisante, il est important que ce qu’on doit faire soit en équilibre avec ce qu’on est capable de faire.

Ceci est particulièrement évident lorsqu’on joue à un jeu : échecs, tennis, cartes, ….

La partie sera intéressante à la seule condition que l’opposant ait à peu près le même niveau.

Autrement, soit on se sent submergé, soit on s’ennuie car on est tellement meilleur que l’autre.

C’est la même chose pour une activité professionnelle : si on est sous-qualifié, on se sentira stressé, tandis que si on est sur-qualifié, on s’ennuiera.

Par contre, si l’activité offre des challenges à la mesure de nos compétences, même si à priori on ne l’aimait pas particulièrement, l’activité peut devenir éventuellement intéressante et plaisante.

Ainsi dans le cas d’un pianiste, même si le piano paraît au départ intimidant et complexe à maîtriser, jouer du piano devient au bout d’un moment plaisant et peut même devenir addictif.

4. Hyper-concentration

Lorsque les trois première conditions sont réunies, un sentiment de concentration intense commence à se faire sentir.

Ordinairement, notre attention est partagée : on pense à ce qu’on fait et on le fait.

On remarque ce qui arrive autour de soi alors qu’on fait quelque chose d’autre.

Tandis qu’avec le flow, notre attention est comme fondue dans l’action.

C’est pourquoi lors du flow, on est capable d’être beaucoup plus efficace.

Ce sentiment d’hyper-concentration fait qu’on se sent bien.

On se sent en harmonie avec soi-même.

On ressent comme une énergie spontanée qui nous transporte dans le flux de l’action.

5. Les frustrations de la vie quotidienne s’effacent

Une des conséquences de l’hyper-concentration est qu’alors qu’on se sent transporté si facilement par l’énergie du flow, on ne peut pas être conscient des problèmes de la vie quotidienne.

Les disputes familiales, les factures, les impôts ne nous affectent plus car tout cela est effacé temporairement de notre attention.

Lorsqu’on est concentré dans l’action comme par exemple lorsqu’on joue un morceau de musique au piano, on ne peut pas se payer le luxe de penser à autre chose au risque de jouer une fausse note.

De même, un alpiniste ne peut pas penser à des idées parasites lorsqu’il escalade une montagne au risque de tomber.

Ce soulagement est une source de bien-être considérable.

On peut même parler d’une forme d’évasion: on crée une réalité plus élégante, plus exaltante que la réalité dans laquelle on vit.

C’est donc une forme d’évasion constructive qui contraste avec l’évasion destructive habituellement vécue grâce à l’usage des drogues, qui altèrent notre perception du monde.

Le flow nous permet de nous donner de nouveaux défis et de bâtir des compétences qui n’étaient pas là avant.

6. Sensation de contrôle de soi et de l’environnement

L’état de flow nous donne l’impression d’être capable de contrôler notre vie, nos actions, notre expérience.

Ce n’est pas comme si on était capable de tout contrôler, autrement cela voudrait dire que l’expérience n’est pas à la hauteur de nos compétences.

Mais on se sent à la frontière où l’on sait qu’avec de l’entrainement, on arrive de mieux en mieux à contrôler les choses.

Si l’on reprends l’exemple de l’alpiniste, on voit que même s’il est suspendu au dessus du vide par le bout de ses doigts, il se sent en sécurité.

Grâce à ses années d’entraînement, il sait qu’il est capable de réaliser cette prouesse.

En fait, il a davantage le contrôle sur sa vie que par exemple s’il traversait une route très fréquentée dans une grande ville, où n’importe quel taxi pourrait l’écraser à tout moment.

7. Perte du sentiment de la conscience de soi

Lorsqu’on est dans une situation de concentration optimale où on doit utiliser toutes nos compétences pour atteindre un objectif, on observe également une perte de la conscience de soi.

C’est à dire que ce sentiment d’égo défensif que l’on a dans la vie de tous les jours disparaît.

Un des pires sentiments de la vie courante est le souci de savoir ce que les autres pensent de nous mêmes.

Par exemple on a peur de ne pas être bien coiffé, que notre cravate ne soit pas bien ajustée.

Lorsqu’on réalise un projet professionnel, on est soucieux de ce que le patron va en penser.

Le fait de se contrôler et de se soucier de ce que les autres pensent donne un sentiment d’insécurité très désagréable.

Mais lorsqu’on est dans le flow, on va au-delà de soi, on a un sentiment de transcendance.

Si on chante dans une chorale par exemple, on sent qu’on fait corps avec la musique et les voix des autres choristes.

De même dans un sport collectif, lorsque tout s’enchaîne harmonieusement, on sent vraiment qu’on fait partie d’un tout.

Ce n’est pas comme si on était tout seul.

Paradoxalement, après coup, alors même qu’on a agit au-delà de soi, on ressent une amélioration très nette de l’estime de soi.

On est fier de ce qu’on a accompli. Bien qu’on se soit laissé aller, on ressort renforcé de cette expérience.

8. Distorsion de la perception du temps

Enfin, on note que le flow modifie notre perception du temps.

Habituellement, on sépare le temps en parties égales.

On sait par exemple qu’une heure est composée de soixante minutes, qu’une minute est composée de soixante secondes et ainsi de suite, comme si chaque mesure était équivalente.

Pourtant, lors du flow, on a l’impression que les heures sont condensées en minutes.

On commence à travailler puis au bout d’un moment, on se dit qu’il est temps de déjeuner, et on se rends compte qu’en réalité il est temps de dîner.

Car en réalité il ne s’est pas passé deux heures mais huit heures.

D’un autre côté, l’inverse peut se produire.

Alors qu’il arrive à un point crucial d’un morceau, le pianiste peut avoir l’impression que plusieurs minutes s’ écoulent alors qu’en réalité, seulement quelques secondes se sont passées.

Car cette partie du morceau demande tellement d’engagement, de virtuosité et de contrôle pour que l’émotion qu’elle doit susciter soit transmise.

Pour résumer la situation, on peut dire que le temps s’adapte à l’expérience, alors que d’habitude on pense le contraire.

Le temps n’est plus une contrainte où l’on doit ranger chaque moment de notre vie dans les diverses parties qui le composent. Le temps s’adapte à la façon dont on ressent les choses.

Publié sur ceclair.fr par Alexandre Philippe le 4 avril 2009 . Alexandre Philippe est le fondateur du blog C’éclair. .

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