Christophe André : « La phobie sociale est une appréhension exagérée du regard des autres »

La phobie sociale est le troisième trouble psychologique le plus fréquent après les troubles dépressifs et l’alcoolo-dépendance.

Mais entre phobie et timidité, comment faire la différence ?

Christophe André est psychiatre et psychothérapeute.

Il exerce à l’hôpital Sainte-Anne à Paris. Spécialiste des troubles de l’anxiété, il est entre autres l’auteur de « La peur des autres » et de « Psychologie de la peur » parus aux édititons Odile Jacob.

Qu’appelle-t-on phobie sociale ?

La phobie sociale est une anxiété sociale tout comme la timidité ou le trac.

Mais à la différence de ces derniers, la phobie sociale est une vraie maladie psychologique appartenant au groupe des troubles anxieux.

Elle se manifeste par une appréhension exagérée du regard des autres, et par une peur excessive des contacts sociaux.

Comment savoir si l’on est timide ou phobique social ?

On est phobique social si les peurs sociales sont excessives et leurs conséquences gênantes.

Face à une peur, le timide sera simplement gêné ou embarrassé, alors que le phobique éprouvera de la honte, voire une véritable attaque de panique.

Il va s’imaginer qu’il va dire des banalités, qu’on va le juger, etc.

De plus, le timide arrive plus ou moins à affronter les situations qu’il redoute, alors que le phobique les évite systématiquement.

Par exemple, s’il est invité dans des soirées, il inventera tout le temps des prétextes pour ne pas y aller.

Enfin, la phobie sociale affecte toutes les situations du quotidien : de la difficulté pour prendre la parole en groupe à discuter simplement de la pluie et du beau temps avec son boulanger ou son voisin.

Et pourtant cela arrive à tout le monde d’être mal à l’aise avec l’autre

Oui, évidemment.

Chacun de nous a un jour regardé ses pieds dans un ascenseur pour éviter le regard de l’autre, il nous arrive de ne pas oser négocier les prix avec un vendeur, ou de stresser à l’idée d’une présentation orale.

Mais avec un effort, on arrive quand même à affronter ces situations.

Le phobique social ne peut pas, et c’est en permanence qu’il a peur de l’autre.

Son quotidien et sa vie en sont affectés : difficultés pour suivre des études, refus de promotion professionnelle qui impliquerait des prises de parole, difficultés et parfois absence de vie amoureuse, repli sur soi, isolement, etc.

Les enfants timides ont-ils plus de risque de basculer vers la phobie ?

Non pas forcément.

La timidité est généralement un trait de caractère qui existe depuis l’enfance.

C’est la peur d’aller au tableau en classe, ou le temps nécessaire pour s’habituer aux inconnus par exemple.

Mais malgré ce caractère réservé, l’enfant sait trouver sa place dans le groupe.

Sa timidité ne l’empêche pas d’être intégré et d’avoir des copains à l’école.

A l’inverse, la phobie sociale apparaît le plus souvent à l’adolescence, et de manière plus brutale.

Et surtout, elle ne touche pas nécessairement des personnalités timides.

Il arrive en effet, que l’adolescent devienne phobique social alors qu’il avait été un enfant extraverti.

Comment évolue la phobie sociale après l’adolescence ?

Malheureusement, elle ne s’améliore pas.

Et ceci la distingue une fois de plus de la timidité.

En effet, la timidité s’arrange souvent avec le temps, avec les rencontres, les expériences, etc.

Clairement, la timidité peut s’expliquer par une appréhension de la nouveauté et de ce que l’on ne connait pas.

Mais passé le temps d’adaptation, le timide est capable de dépasser ses peurs et de communiquer normalement.

Au contraire, le phobique social ne s’adapte jamais.

Il peut très bien continuer à rougir lorsqu’il parle à une personne de sa famille, même après des années.

Quelles sont les causes de la phobie sociale ?

La phobie sociale résulte de l’accumulation de trois types de facteurs.

Tout d’abord, les phobiques sociaux sont des personnes hyper émotives et réactives à la nouveauté.

Cela fait fréquemment partie de leur tempérament dès la naissance.

Ensuite, le contexte familial entre en jeu.

Des parents isolés socialement, parlant peu, ne recevant pas d’invités, vont évidemment aggraver la tendance à la peur des autres.

Enfin, certains événements traumatisant à l’adolescence pourront jouer un rôle dans le déclenchement de la pathologie.

Par exemple, des moqueries de camarades, des mises à l’écart, des propos ridiculisant de la part des professeurs, etc.

Il faut au moins deux des ces trois critères pour que la phobie sociale apparaisse.

Peut-on guérir de la phobie sociale ?

Oui mais la prise en charge n’est pas facile dans la mesure où les phobiques sociaux ont tendance à cacher leur état.

Et de leur côté, médecins et psychologues ont du mal à la déceler.

Surtout qu’ils ont parfois tendance à la confondre avec la timidité.

Pourtant, il existe des solutions.

Le tandem antidépresseurs et thérapie comportementale pendant un ou deux ans est le plus efficace.

En quoi consistent ces thérapies ?

Ces thérapies sont très concrètes.

En groupe ou en individuel, elles permettent d’aider à affronter les peurs grâce à des mises en situation.

Par exemple, on accompagne le patient demander des renseignements dans un magasin ou aborder des passants dans la rue, pour l’entraîner à affronter le regard de l’autre et pour l’aider à se débarrasser de ses pensées négatives.

L’objectif, c’est de lui apprendre par des exercices simples à ne plus avoir de peurs ou de hontes sociales excessives.

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