« La bienveillance est-elle compatible avec l’exigence de résultats qui s’impose à toute organisation ?

Ou plus simplement : peut-on être bienveillant et efficace ?

On a souvent tendance à opposer bienveillance et exigence.

Comme si exiger plus c’était contraindre et être bienveillant c’était aimer mieux.

Loin d’être opposées, exigence et bienveillance sont en fait complémentaires.

Plus on se montre exigeant, plus il faut savoir faire preuve de bienveillance avec ses collaborateurs.

Plus on sait montrer de la bienveillance, plus les chances de réussite individuelles et collectives sont élevées.

Mais qu’est-ce que ça veut dire concrètement dans la vie des entreprises ?

Comment être à la fois être efficace dans l’action et bienveillant avec les autres ?

Les exigences

On ne peut échapper à un nombre d’exigences qui commencent par une exigence d’exemplarité.

L’impératif de cohérence totale entre le comportement du manager et le discours affiché est essentiel : « faites ce que je fais et pas seulement ce que je dis », renvoyant ainsi à la philosophie de Sartre « je suis ce que je fais ».

Une culture de la bienveillance ne pourra ainsi se développer que si elle est démontrée jour après jour au sommet de la pyramide.

Il existe également une exigence de clarté.

Exprimer précisément ce que l’on attend d’une personne est une nécessité trop souvent négligée.

Impossible de souligner l’absence de résultats à quelqu’un qui n’avait pas conscience de quels étaient les résultats attendus.

Mais la clarté ne suffit pas.

Il faut aussi qu’elle ait un sens.

Comprendre pourquoi ce qui est demandé est important.

Pourquoi ce qu’on va faire participe au projet commun ?

Sans cette mise en perspective, il n’est pas possible pour un individu de s’approprier ce qui lui est demandé.

Il fait ce qui est exigé, non pas ce qu’il sait être nécessaire, s’inscrivant ainsi dans le domaine de la contrainte et non celui de l’engagement.

Existe enfin, et peut-être surtout, une exigence de vérité.

Ne pas dire la vérité ce n’est pas de la bienveillance.

C’est ne pas prendre ses responsabilités.

Car l’exigence de vérité n’est pas pour autant un appel à manquer de respect pour la personne.

Bien au contraire.

Se comporter de façon humaine, bienveillante est essentiel.

Et en particulier quand c’est difficile.

Les exigences d’exemplarité, de clarté, de donner du sens, de dire la vérité sont donc les conditions nécessaires à une démarche bienveillante en entreprise.

Mais que dire de la bienveillance elle-même ?

La bienveillance

La bienveillance c’est une prédisposition qui place la personne au coeur de l’action.

C’est un état d’esprit, pas un process.

Comme toute valeur, elle n’existe que si elle est à la fois valorisée, c’est-à-dire reconnue, et vivante, c’est-à-dire vécue quotidiennement par le plus grand nombre.

Cet état d’esprit va petit à petit imbiber toute l’organisation.

Chacun, à titre personnel et dans son comportement quotidien, va la pratiquer.

Il y aura alors un véritable effet d’entrainement.

Nul besoin d’attendre une nouvelle organisation ou un changement d’organigramme.

La bienveillance, c’est aussi savoir faire confiance.

Chacun d’entre nous le sait.

Il n’y a rien de plus motivant que de sentir que l’on vous fait confiance pour effectuer une tâche.

L’impératif de succès que nous nous imposons à nous-mêmes est alors plus fort que si les contraintes nous étaient imposées de l’extérieur.

La bienveillance, c’est enfin avoir le droit de se tromper.

Combien de managers ont dit « vous avez droit à l’erreur » ?

Trop peu !!

Se tromper peut constituer une perte de prestige, de crédibilité personnelle.

Et c’est pourquoi nous avons tous des difficultés à reconnaître nos erreurs et à accepter celles des autres.

Seule une culture de la bienveillance va permettre à chacun d’accepter l’erreur et d’en faire un moyen d’apprendre au lieu d’être un moyen de sanctionner.

Savoir faire preuve de bienveillance c’est surtout savoir faire preuve d’indulgence.

La bienveillance passe nécessairement par l’écoute et la compréhension de l’autre.

Cela ne veut pas dire que l’on partage forcément tout ce qu’il dit, mais ça signifie que l’on est attentif à ce qu’il dit et à ce qu’il vit.

Chacun d’entre nous aime que l’on reconnaisse ses forces.

C’est bien normal !!

Mais chacun d’entre nous a aussi besoin que l’on fasse preuve de compréhension dans nos instants de faiblesse.

Un regard indulgent permet alors de surmonter ce moment de fragilité et de reprendre confiance.

J’ai donc la conviction que la bienveillance c’est, avant tout, compter sur la personne dans un monde économique qui restera, qu’on le veuille ou non, dur et compétitif.

Elle a le pouvoir de libérer les énergies et les talents, de favoriser l’engagement de tous vers un effort commun.

Elle porte la marque d’un leadership intelligent. »

Publié sur LesEchos.fr le 04/11/2016

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