Changer de vie est aussi une affaire de timing.

A condition de bien jalonner son parcours, dix-huit mois suffisent à concrétiser un projet. 

Le terme « procrastination » désigne la tendance à tout remettre systéma­ti­quement au len­de­main.

Elle frappe spécialement, semble-t-il, ceux qui aspirent à changer de vie.

Cadre pendant vingt ans dans la grande consom­ma­tion, Char­les Cohen a dé­cou­vert sa vocation de consultant en évolution pro­fessionnelle à la faveur d’un outplacement… et a réfléchi ensuite six ans.

Si lui a fini par sauter le pas, beaucoup renoncent ou se plantent parce qu’ils se sont décidés trop tard.

« Je vois défiler dans mon cabinet des gens qui ont trop at­tendu pour passer à l’acte et qui ne s’en sont pas remis« , témoigne Sylvaine Pas­cual, coach spécialisée dans la gestion de carrière.

Selon elle, nous devrions tous, vers 35-40 ans, envisager la possibilité de nous reconvertir et, par la mê­-me occasion, de laisser s’épa­nouir nos talents négli­gés.

Cette décision prise, pas question, bien sûr, de foncer tête baissée dès qu’on croit tenir une idée, mais il faut avancer résolument.

Ceux qui hésitent à se lancer, ou qui n’ont pas d’idée précise de reconversion, doivent savoir que dix-huit mois suffisent en général pour concrétiser un pro­jet.

La preuve en huit étapes.

J-18 mois = Je teste la force de ma motivation

Nous avons tous mille bonnes raisons de vouloir changer d’orien­tation professionnelle.

Mais s’agit-il d’une lubie passa­gère ou d’un véritable projet ?

Pour le savoir, accordez-vous le temps d’une sérieuse introspection (comptez de deux à trois mois).

Identifiez ce qui vous pèse le plus dans votre situation actuelle : le regret de passer à côté d’une vocation, la routine, la frustration liée à un manque de reconnaissance, la pression d’une menace de li­cenciement ?

Ces ras-le-bol constituent une alerte, mais ne justifient pas forcément un virage à 180 degrés.

« La solution pour un cadre qui ne progresse plus peut consister à exercer le même métier dans une autre entreprise« , observe Yves Deloi­son, auteur du blog Toutpourchanger.com.

Jérôme Darblay, photographe spécialisé dans l’art de vivre, passait son temps à shooter les plus belles maisons pour des maga­zines de dé­coration.

Soudain, il a éprouvé le besoin d’un nouveau défi.

Quel­­ques rencontres lui ont donné l’idée de passer de « l’au­tre côté de l’objectif» pour se lan­cer dans la construction de maisons en bois.

«Me battre con­tre le bétonnage du paysage me séduisait« , explique celui qui a fini par créer l’entreprise Darblay&Wood.

J-16 mois = Je trouve la voie dans laquelle me lancer

Maintenant que vous êtes sûr de vouloir évoluer, vous devez élaborer un projet qui corresponde à vos attentes.

Pour cela, n’hésitez pas à effectuer un bilan de compétences.

Au-delà de vos savoir-faire techni­ques, cette démarche révélera vos ta­lents cachés.

Commencez par faire le point sur votre parcours professionnel, spécia­lement ses moments clés – suc­cès comme échecs.

En cherchant à compren­dre les raisons qui l’avaient poussé à rompre avec les trois groupes où il avait fait carrière, Charles Cohen a fini par réali­ser qu’il supportait mal l’au­to­rité.

Son bilan a aussi mis en évidence sa propension à aider les au­tres.

Besoin d’autonomie, désir d’empathie : son nouveau job de consultant en évolution professionnelle comble ce double aspect de sa personnalité.

« Re­mémorez-vous aussi vos rêves d’adolescent », suggère Christiane Maréchal, conseil en gestion de carrière au cabinet Lombard.

Et d’évoquer ce cadre démotivé qui s’ennuyait autant dans la banque que dans son bilan de ­compétences, jusqu’à ce qu’elle lui parle de son passé contrarié de jeune espoir du football.

« D’un coup, il s’est enflammé et s’est souvenu de tous ses contacts dans le milieu ! »

L’ancien financier négocie aujourd’hui les transferts de joueurs pour le compte d’un club anglais.

J-14 mois = Je lève les obstacles psychologiques

Lorsqu’il a plaqué Ubi Live, l’agence d’événements dont il était cofondateur, pour se lancer dans les glaces et les ­sorbets, Jérôme Vitart s’est fait traiter de fou.

Ses amis ont même pensé qu’il cou­vait une dépression.

Le moyen, alors, d’échapper au qu’en-dira-t-on ?

Se cons­truire ses propres indi­ca­teurs de réussite.

Par exemple, l’accom­plissement de soi ou l’utilité sociale.

Il vous faudra aussi faire le deuil de votre précédent job, d’un statut envié, d’un confort financier.

Jé­rôme Vitart a d’abord cru qu’il pourrait concilier des mis­sions ponctuelles de concepteur d’événements avec la mise en route de son projet.

Mais il s’est vite rendu compte que ses clients empiétaient sur le temps qu’il devait consacrer à son affaire.

Il a alors choisi d’émigrer : « Ce n’est qu’en Aus­tralie, où personne ne connaissait mon passé professionnel, que j’ai pu me réinventer. »

C’est bien plus tard qu’il est rentré en France.

J-12 mois = J’échafaude un projet réaliste

Il s’agit maintenant de se frotter à la réalité.

Notamment en vous astreignant à une minutieuse enquête métier.

Elle vous évitera des déconvenues ultérieures.

Le meilleur moyen de vous informer, c’est de rencontrer des professionnels.

Pour se faire une idée plus précise d’un métier, rien de tel que de se mettre en situation.

Des prestataires d’un genre nouveau (répertoriés sur le site Toutpourchanger.com), tels Savoir faire et Découverte, Per-Adequa ou Viamétiers, proposent des parcours d’immersion.

Mais les métiers concernés sont presque tous artisanaux… et l’addi­tion est salée.

Pour tester vous-même votre projet, décro­chez un stage ou passez directement à l’action.

L’ex-photographe Jérôme Darblay n’a pas attendu d’obtenir son statut de constructeur de maisons pour engager deux chantiers pilotes.

Ce coup d’essai lui a permis de peaufiner ses méthodes et de s’offrir une vitrine.

J-9 mois = Je persuade ma famille… en la rassurant

Vous êtes convaincu de votre projet ?

Il est temps d’y faire adhérer vos proches.

« La priorité consiste à rassurer la famille« , prévient Marc Saunder.

Avisez-la des changements, voire des sacrifices, qu’impliquera l’aventure et concédez certains ajustements.

Dites-vous que vous aurez grandement besoin de partager vos joies comme vos doutes dans un climat bienveillant.

Lorsqu’Anthony Lefebvre a vendu ses boutiques Terre de bruyère, à Paris, pour partir vivre en Afrique, il a consulté sa femme sur le choix du pays.

« Lotty, Suédoise, se sentait culturellement proche des pays anglophones. D’où notre implantation au Kenya. »

J-8 mois = Je budgétise ma reconversion

Réorienter sa vie provoque, dans un premier temps, une baisse de revenus, sauf pour ceux qui changent de métier dans leur entreprise.

« Posez-vous deux questions, conseille Christiane Maréchal. Quels risques financiers suis-je capable d’assumer ? Quels sacrifices de pouvoir d’achat puis-je consentir ? »

En ciblant le monde associatif, Nathalie Rosselot savait qu’elle allait y perdre : cette ancienne cadre marketing chez Danone pilote aujourd’hui le département développement et partenariat de l’Association française contre les myopathies (AFM), mais son salaire a fondu de 35% !

Cette mère de deux enfants a donc passé en revue chaque dépense pour s’apercevoir finalement que ses impôts baisseraient davantage que son niveau de vie.

Afin de lancer Darblay&Wood, Jérôme Darblay, lui, a sacrifié ses économies et a même revendu son appartement parisien.

J-6 mois = Je me rends rapidement opérationnel

On ne s’improvise pas expert en immobilier quand on s’est consacré quinze ans à l’informatique.

Pour asseoir votre légitimité, deux possibilités : acquérir des compétences sur le terrain ou suivre une formation.

Jean-Manuel Bluet a opté pour la première solution.

Ce biochimiste qui cumulait vingt ans de carrière chez Nestlé rêvait de mettre en œuvre ses convictions en matière d’environnement.

Comment persuader la multinationale de créer pour lui un poste de directeur du développement durable ?

Il s’est porté volontaire pour rédiger un rapport sur toutes les actions conduites par Nestlé en France sur le sujet.

C’est en présentant cette synthèse à la direction générale qu’il a remporté l’adhé­sion.

Deuxième façon de vous rendre opérationnel : une solide formation.

Etudiez soigneusement l’offre en privilégiant les formations diplômantes et en vérifiant la qualité du corps enseignant.

Jour J = Je donne le coup d’envoi à mon activité

Depuis qu’il s’est lancé dans différentes activités au Kenya, dont le tourisme à Twiga House, sa propriété sur le lac Naivasha, Anthony Lefebvre constate qu’aucune de ses journées ne se déroule comme prévu.

Dans ce pays, les aléas sont nombreux : défaillances logistiques, coupures d’électricité, etc.

Anthony Lefebvre a beau travail­ler deux fois plus qu’en France, il savoure sa seconde vie comme une renaissance.

« Il y a toujours des imprévus : ne vous mettez pas la pression« , conseille Charles Cohen, qui a pour sa part sures­timé ses objectifs commerciaux.

Autre astuce pour avancer : « Décom­posez votre objectif en plusieurs étapes et commencez par les plus impor­tantes, recom­mande Olivier Roland, fondateur du club Agir et Réussir. Chaque étape réussie vous dopera moralement pour attaquer la suivante. »

Publié le 25 Mai 2010 sur Capital (management) par Christine Halary

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