Mains moites, jambes tremblantes, respiration saccadée, visage perlé de sueur ou yeux embués de larmes… 

Ces signes ne trompent pas.

Au bureau ou dans la vie courante, ils peuvent surgir dans les moments d’émotion particulièrement intense.

Dans un stade, sur scène, sur un tapis de sol ou sous l’eau, il est essentiel d’y faire face pour ne pas échouer.

Au prix d’un long travail, de grands champions et artistes sont parvenus à maîtriser ces sensations pour battre des records et atteindre l’excellence dans leurs disciplines respectives : yoga, tir à l’arc, aïkido, art lyrique, apnée et poker.

Tous ont développé des techniques pour améliorer leur potentiel de départ.

Comment font-ils ?

Ils nous ont confié quelques secrets qui les aident à rester zen en toutes circonstances et à être au top le jour J.

En Août 2008, Sébastien Hervieu, sur « Management« , a traité ce sujet du contrôle des émotions en nous proposant 6 pistes (parmi bien d’autres) que je vous propose de découvrir:

Le yoga pour mieux respirer

Comment ne plus se laisser emporter par des réactions primaires ?

En pratiquant le yoga, qui vise à l’harmonie du corps et de l’esprit.

«Pour ne plus être déstabilisé par les émotions, il faut s’habituer à les ressentir avec finesse», estime Patrick Tomatis, 60 ans, secrétaire général de la Fédération nationale des enseignants de yoga.

On peut ainsi retourner mentalement une perception négative : la peur de ne pas être le meilleur sera, par exemple, muée en combativité.

Afin de se sentir mieux dans sa peau, Patrick Tomatis propose de débuter par de modes tes exercices respiratoires, à pratiquer cinq à dix fois de suite.

Par exemple, la respiration haletante : une série de petites inspirations en continu, suivie d’une expiration profonde.

Ou la respiration «sanglotante» : des inspirations qu’on bloque par paliers. Autre recommandation : «Laissez-vous bâiller !»

C’est ce que le spécialiste a conseillé à un directeur de banque qui lui confiait ne bâiller que les samedis et dimanches. «Le bâillement permet de se détendre et de se recharger», rappelle Patrick Tomatis.

Autrefois sujet à des colères récurrentes, celui-ci explique que le yoga l’a aidé à se calmer. «C’est une quête de sens pour une vie faite de paix et d’équilibre», assure-t-il.

Le tir à l’arc pour rester concentré

Quatre mille cinq cents spectateurs les yeux braqués sur elle et une flèche à planter dans une cible située à plusieurs dizaines de mètres.

Bérengère Schuh, 23 ans, ne se laisse pas démonter.

Ce jour de mars 2003, aux Championnats du monde de tir à l’arc en salle, à Nîmes, elle décroche la médaille d’or.

«J’ai fait abstraction de tout ce qui m’entourait. J’étais dans ma bulle, seule ma cible comptait.»

Depuis, cette archère a encore gagné en concentration.

Avant, sur le pas de tir, elle pensait à trop de choses en même temps.

Du coup, elle décochait ses flèches lors de l’ultime minute impartie, au risque d’être victime d’une soudaine rafale de vent.

«Désormais, je me focalise sur trois points techniques importants et je gère mieux mon temps.» Colérique dans la vie, Bérengère Schuh doit encore progresser pour atteindre une parfaite sérénité.

En vue des jeux Olympiques de l’été prochain, elle travaille le «biofeedback» avec un préparateur mental.

Cette technique lui apprend à évacuer ses émotions négatives grâce à des capteurs placés sur son corps : «S’ils virent au rouge, je dois être capable de repasser au vert en trente secondes.»

Comment ?

En respirant un grand coup et en pensant à sa petite nièce lui faisant un câlin !

L’aïkido pour gérer les agressions

Adolescent, Christian Tissier avait un sacré tempérament de bagarreur : «C’est moi qui cherchais l’affrontement 70% du temps», avoue-t-il.

Une quarantaine d’années plus tard, ce professeur d’aïkido renommé (septième dan) enseigne à ses élèves les vertus de la maîtrise de soi.

«Avant de venir à mes cours, certains employés envoyaient tout balader au moindre problème au bureau, explique-t-il. Maintenant, ils prennent plus de recul.»

Art martial conjugué à un véritable art de vivre, l’aïkido apprend notamment à supprimer la crainte d’une agression.

Comment ?

En se servant de la force de l’adversaire pour se défendre.

Vêtus d’un kimono, les pratiquants travaillent plusieurs techniques d’autodéfense.

Tout est calculé pour ne pas blesser le partenaire. «Nous recherchons la pureté du geste et de l’état d’esprit», explique Christian Tissier, qui a séjourné huit ans au Japon.

Là-bas, on considère le ventre comme le siège des émotions.

Les élèves travaillent sur leur corps pour faire descendre les tensions de la journée, accumulées au niveau des épaules.

Enfin, durant chaque combat, l’attaquant devient défenseur, et inversement. «On apprend à être celui qui ne gagne pas, il y a une vraie noblesse, même dans l’échec», estime le professeur.

Le chant pour doser ses réactions

Certains poussent la chansonnette sous la douche avant de partir au travail.

Chez lui, Thomas Dolié, chanteur d’art lyrique, fait des vocalises pour se calmer quand il est énervé.

En janvier dernier, ce baryton de 27 ans a été sacré Révélation de l’année aux Victoires de la musique classique.

Sur scène, il doit affronter un paradoxe : «Quand j’interprète un air d’opéra, je m’ouvre aux émotions pour les faire vivre et toucher le public, sans pour autant me laisser déborder.»

Il y a quelques années, Thomas Dolié se sentait souvent paralysé par la peur de mal faire : «Lors des auditions, j’avais les jambes qui tremblaient, ma respiration était mauvaise et je passais à côté du rôle», raconte- t-il.

Depuis, sa confiance en lui s’est améliorée.

Mais pas seulement.

Pour bien chanter, il faut savoir respirer et utiliser au mieux son instrument de musique, c’est-à-dire son corps.

«Par des exercices, j’ai réduit les contractions musculaires qui généraient de la tension et de l’épuisement», confie l’artiste, qui dispose ainsi d’une plus grande énergie sur scène.

Pour communiquer au public les émotions de son rôle, Thomas Dolié doit aussi puiser dans son intimité : «On apprend à exprimer une partie de soi, ce qui a parfois une vertu thérapeutique.»

Notamment dans la vie quotidienne, où il se sent plus apte à faire face aux réactions agressives.

L’apnée pour maîtriser sa peur

Sous l’eau, un homme normal tient trente secondes.

Stéphane Mifsud, dix minutes !

Comment fait-il ? «Pour faire face à la pression, je travaille mon sang-froid.»

Quintuple champion mondial d’apnée, il s’est inspiré de la sophrologie afin de travailler sur l’imagerie mentale et de se concentrer sur des visions rassurantes.

«Pendant les premières minutes, je me mets dans un état de semi-hypnose, ce qui fait passer le temps plus vite.» C’est seulement au bout de quatre minutes qu’il ressent le besoin de respirer.

Le 12 juillet dernier, il est resté immergé dix minutes et quatre secondes, battant ainsi le record du monde d’apnée statique.

Certes, cet athlète de 36 ans a des aptitudes physiques exceptionnelles : dix-huit battements de coeur par minute et une capacité pulmonaire de 11 litres, soit le double de la moyenne.

Mais il reste persuadé que la psychologie joue pour 20% dans sa performance.

Même hors de l’eau, l’apnée l’aide à prendre du recul : «Avant, quand quelqu’un me provoquait, je répondais. Aujourd’hui, j’esquisse juste un sourire.»

Le poker pour se contrôler à 100%

Plus les mises sont élevées, plus les sensations sont fortes, et plus il faut savoir les masquer !

Ancien champion du monde en tête à tête, Bruno Fitoussi, 49 ans, s’est entraîné des milliers d’heures à maîtriser ses émotions.

Certains grands joueurs les dissimulent derrière des lunettes noires.

Lui préfère en jouer. «Avec des amis, nous faisions des parties sans cartes ni jetons pour travailler des attitudes», explique-t-il.

Objectif : pouvoir ensuite faire croire à ses adversaires qu’il a un jeu différent de celui qu’il tient entre les mains.

En tournoi, le président de la société de consulting VIP Gaming parle abondamment, regarde son interlocuteur dans les yeux, enlève puis remet son casque de musique. «En bluffant, on joue à simuler certaines émotions et à en dissimuler d’autres.»

Un vrai travail d’acteur. «Je fais partie des manipulateurs», admet Bruno Fitoussi. Il assure qu’il peut même faire battre sa carotide ou se faire transpirer.

Pour lui, la table de poker est une école de la vie : «Le contrôle de soi sert au contrôle des autres.» Même quand il s’agit de s’imposer face à son banquier !

Manager Performant V1

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